Le vice-Premier ministre demande que Leterme évite un choc frontal entre Francophones et Flamands. "Un vote ne mènera pas à la scission !" rappelle-t-il.
Interview réalisée par
©La Libre Belgique
Vous demandez que le Premier ministre Yves Leterme prenne ses responsabilités et s'engage sur une approche négociée pour le communautaire ?
Je lance un appel d'urgence : que le Premier ministre prenne ses responsabilités et évite une collision frontale entre Flamands et francophones. Celle-ci n'aura comme résultat que l'enlisement des discussions communautaires, puisque les francophones risquent de geler toutes les discussions. Et je ne pense pas que ce soit cela que veuille le parti de M. Leterme. Le Premier ministre devrait prendre sa note communautaire et aller la défendre devant le Parlement. C'est mon souhait. Il se ferait applaudir et soutenir par la majorité ! Mais est-ce trop demander ? Pourtant, c'est le bon sens et la logique même. Mais le cartel CD & V/N-VA n'est pas d'accord avec cette approche.
Mais Yves Leterme est-il maître de son cartel ?
Ce n'est pas à moi à répondre à cette question. Le cartel, ce sont deux partis qui sont réunis au Parlement en un seul groupe. Ils ont fait 30 pc des voix et ont pu désigner le Premier ministre. Alors je dis que c'est au cartel et à son Premier ministre à avancer : ils ont une responsabilité accrue. C'est ce qu'ont fait Verhofstadt et Dehaene, ils se sont constamment mouillés. Parfois, ils allaient dans le mur, mais ils prenaient leurs responsabilités. Il faut avoir le courage de défendre ses convictions.
L'Open VLD exige des avancées sur le plan socio-économique d'ici la mi-juillet...
Il y a urgence. Des mesures doivent être prises sur le Budget, la fiscalité, en matière de pouvoir d'achat, pour la compétitivité des entreprises. Pour les libéraux flamands, le 15 juillet n'est pas qu'une échéance communautaire : il faut prendre des mesures courageuses sur le socio-économique. Le 15 juillet, mon parti voudra savoir où on en est. On ne va pas nous laisser travailler sur le communautaire et ne pas avancer sur le reste ! Le 15 juillet, il faudra deux évaluations : une socio-économique et une communautaire. Mon parti demande que l'on avance sur les deux voies en parallèle. Mais il manque toujours de confiance dans cette majorité. Si, même aujourd'hui, on se pose la question de savoir si on va pouvoir voter la loi-programme...
Si on vote, ce sera le blocage...
Je le crains. Le mouvement flamand continue sa rhétorique que si on vote, c'est la scission de BHV. C'est faux : tous les chemins, tôt ou tard, mènent la proposition sur la table du gouvernement. Une loi doit toujours être promulguée. Depuis des jours, certains membres du cartel font tout pour avoir une confrontation, un match avec les francophones. Nous, les libéraux flamands, nous disons : on veut que le Premier essaie d'éviter le vote et tente une méthode de négociation. Mais s'il y a un vote, nous voterons. C'est clair. Mais alors les francophones menacent déjà maintenant de geler toutes les discussions communautaires. Et on sera bloqués pendant des mois.
Plaidez-vous pour que les partis francophones enclenchent un "conflit d'intérêt" ?
Les partis francophones disent ne plus vouloir de manoeuvres de retardement comme une sonnette d'alarme ou un conflit d'intérêt. Cette attitude a surpris. Nous partions du point de vue qu'un second conflit d'intérêt serait enclenché par les francophones. Selon moi, cela peut être fait : donner 120 jours et arriver dans un climat apaisé pour négocier pour le second paquet communautaire.
Y avait-il un accord implicite pour que les francophones enclenchent une procédure de retardement ?
Je n'étais pas présent au Comité des Sages : Guy Verhofstadt était là pour l'Open VLD...
Mais vous l'avez interrogé...
Oui. Dans son esprit et celui de M. Dehaene, c'était comme ça que ça devait se passer. Et BHV devait faire partie d'un second paquet institutionnel. Mais il y en a d'autres qui espéraient, une fois que les 120 jours du second conflit d'intérêt seront écoulés, prolonger avec d'autres procédures. Et alors le dossier BHV nous mènera droit sur la campagne électorale de 2009. Mais là, nous ne sommes plus d'accord ! Le climat communautaire sera atroce. On ne va parler que du communautaire, mais ce n'est pas l'enjeu des élections qui viennent. Il faut parler de l'Europe et de l'enjeu des élections régionales. Donc, je dis : les problèmes comme BHV, la circonscription fédérale et le futur du Sénat doivent faire partie du second paquet communautaire à trancher pour la mi-juillet. Après cette date, cela devient impossible.
De quelle ampleur doit être la réforme de l'Etat à venir ?
Vous savez, aujourd'hui, tous les dossiers arrivent au gouvernement dans une atmosphère pourrie par le climat communautaire : marché de l'Emploi, délinquance juvénile, asile... Nord et Sud ont des réponses et des sensibilités différentes.
Si Mme Fonck dit : "J'ai doublé mon budget, mais je n'ai pas pu créer des places pour les jeunes dans des centres", on ne s'en sortira pas. Il y a des thèmes de société qu'on ne pourra pas résoudre sans réforme de l'Etat. Et ce n'est pas une question de petite ou de grande réforme de l'Etat. Il faut avoir le courage de dire cela. Ceux qui aiment
La nomination des trois bourgmestres de la périphérie bruxelloise doit-elle intervenir au sein du second paquet communautaire ?
C'est du ressort du gouvernement flamand. Je ne me mêle pas des affaires de M. Keulen et lui ne se mêle pas des miennes.